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jeudi 15 octobre 2009

de fil en aiguilles ZAO revient

L’artiste recoud ses plaies,  Zao, un rescapé du Congo

RFI  Musiques   Paris 26/06/2006 

Après avoir traversé une longue et douloureuse période qui a été préjudiciable à sa vie et à sa carrière, Zao sort aujourd’hui du silence en signant L’Aiguille. A la fois piquant et drôle, ce septième album salutaire ressuscite "Monsieur cadavéré".



L’auteur du succès planétaire Ancien combattant revient de loin avec son nouvel enregistrement L’Aiguille. Il y a trois ans, Zao fait un come-back scénique en France, dans le cadre du festival Les escales de Saint-Nazaire. Mais le chanteur de Brazzaville est accusé par les autorités consulaires d’avoir laisser filer ses musiciens dans la nature, alors qu’après leur prestation, ils devaient reprendre l’avion pour retourner en territoire congolais.
En 2000, il enregistre un CD qui, malgré son titre Renaissance, est un échec discographique. En 1993, la guerre civile éclate dans son pays pour atteindre son paroxysme en 1997-98. A cette période, l’artiste menacé voit sa maison de production saccagée et se retrouve fugitif dans la forêt équatoriale afin d’éviter la mort. Il y perdra son fils de quatre ans. Très affecté moralement par tous ces déboires, celui que l’on a surnommé "Monsieur cadavéré" décide de repartir à zéro et forme un nouvel orchestre.Symbole

Même si sa verve a perdu un peu de son piment, Zao a conservé son côté mordant : "ce nouveau disque est une suite logique. Après avoir fait la guerre, l’ancien combattant doit panser les blessures pour reconstruire son pays. Il a le devoir de réconcilier les gens même si la tâche est difficile. Cela concerne la situation congolaise mais aussi toute l’Afrique. C’est pourquoi, j’ai trouvé L’Aiguille comme symbole pour recoudre les fils de la société".


A 53 ans, il affiche un dynamisme de jeune homme avec son bob vissé sur la tête et son inséparable guitare. En fait, son aiguille est une piqûre de rappel qui nous montre que le parolier de Goma est bien vivant, comme le titre satirique sur la femme Elle a deux diables. "Je suis un produit de la société et j’observe ce qui se passe autour de moi. En Afrique, lorsqu’une femme passe dans la rue, on la regarde d’abord de face et après on se retourne pour la voir de derrière. Ce sont ses deux diables : le premier nous troue le porte-monnaie et le second nous envoie en prison !", précise l’humoriste.

Dans la même veine La mouche, Ze t’aime et Chérie Ani ont l’étoffe d’être des succès et nous renvoient à la grande époque de l’artiste, celles des années 1980 avec les standards que sont devenus Soûlard, Moustique ou Sorcier ensorcelé. Pour cette nouvelle production, le musicien a écrit une partition aux couleurs arc-en-ciel avec des touches blues, zouk et salsa, en dehors de la traditionnelle rumba congolaise.
Nzonzi

Chroniqueur social, poète ironique, porte-parole comique, quels que soient les qualificatifs, Zao a forgé son identité en s’inspirant d’un patrimoine congolais : le Nzonzi. "Chez nous, le Nzonzi est à la fois un sage et un juge qui essaye toujours de faire la part des choses. Le choix de ses mots est juste car il se veut équitable dans ses critiques". Et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le chanteur a voulu rester dans son pays même au plus fort de la crise, contrairement à d’autres artistes africains qui ont choisi l’exil en occident.


Pour lui, il est nécessaire d’être proche de ses concitoyens pour créer : "si je vivais à Paris, par exemple, je n’aurai pas la même inspiration car l’humour français est différent". Très attaché à son Congo natal, Zao a d’abord été instituteur avant d’embrasser une carrière artistique. Un rôle d’enseignant qu’il a pris au sérieux même si le rire était un élément indispensable dans sa classe : "je me souviens de Paul, un élève à qui j’avais demandé de me garder dans son pupitre un morceau de pain, car l’inspecteur arrivait et naturellement il ne devait pas me voir en train de manger. Et au milieu du cours, l’enfant se lève et me dit : maître, voici votre pain ! C’est une histoire qui m’a beaucoup marqué". Aujourd’hui, le pédagogue poursuit son travail d’éducateur à sa manière.

En dehors de ses chansons, le grand frère a créé une sorte d’école de musique à Brazzaville, l’espace Zao, où il initie à la guitare les jeunes musiciens en herbe. Une manière peut-être de susciter des vocations de chansonnier auprès d’une génération davantage tournée vers la danse du n’dombolo de son voisin Kinshasa. Car, ne l’oublions pas, depuis la disparition du Camerounais Francis Bebey, l’amuseur public congolais est quasiment unique sur le continent, avec le burkinabé Zêdess. Alors, profitons-en, et partageons sans retenue son expérience et sa vision de la société africaine !

Zao, L’aiguille (Lusafrica/Sony-BMG/2006)
En concert le 14 octobre au Cabaret Sauvage, à Paris

Daniel  Lieuze

ZAO au Congo

 
ZAO 

ZAO = Zoba Casimir est né en 1955 à Goma–Tsétsé, au Congo, dans la province du Pool. Tout jeune, il attrape le virus de la musique et intègre un ballet traditionnel à l’âge de douze ans, puis un groupe vocal à quatorze ans, avant de former son propre ensemble, Les Unis. En 1975, il gagne Brazzaville — l’un des grands carrefours musicaux de la région avec Kinshasa, capitale du Zaïre, de l’autre côté du fleuve Congo.

Là, il est embauché en tant que percussionniste par Les Anges, l’un des orchestres les plus renommés du cru. Très vite, il déploie ses multiples talents, et c’est à la fois comme chanteur, compositeur, guitariste, batteur et danseur qu’il devient la locomotive du groupe, qui va représenter le Congo Brazza dans différents pays comme Cuba, la Bulgarie ou l’Italie. 

Parallèlement, il assume une carrière d’instituteur, et c’est devant des centaines d’écoliers qu’il teste un nouveau registre, plus personnel, avant de participer en 1982 au concours “Découvertes de Radio France Internationale, qu’il remporte. Invité à se produire en France, il propose, entre autres, un morceau ravageur, Ancien combattant — un étonnant hymne antimilitariste interprété dans le jargon des tirailleurs sénégalais, ces hommes qui se sont battus sur les fronts des deux Guerres mondiales. Tandis que le morceau fait un tabac dans toute l’Afrique francophone, Casimir Zoba devient Zao :  
                        Z comme quelqu'un qui est parti de zéro,  
                        A comme admis sur la scène musicale et 
                        O comme artiste omniprésent. 

Interrogé sur ses références, il cite Franklin Boukaka, célèbre chanteur congolais disparu prématurément, Bourvil et Jacques Dutronc. Mais il avoue une prédilection pour Jean de La Fontaine. 

En effet, sur fond de rumba funky et d'humour langagier façon Poto Poto (l’un des quartier les plus animés de Brazza), il brosse des histoires picaresques enracinées dans la vie quotidienne, qui fonctionnent comme une mise en fable de la société africaine. En 1984, son disque Ancien combattant le fait connaître au niveau international, et le public non africain découvre ses autres compositions : 

Soulard (qui brocarde les “cuveurs désertant le foyer conjugal), 
Porte Monnaie (qui rappelle que, pour de nombreux mariages, l’aspect pécuniaire reste déterminant), 
Toi (Tourbillon Odieux International, évocation du Sida qui ravage l’Afrique), 
Corbillard (où un cadavre essaie de corrompre le corbillard qui l’emmène au cimetière), 
Pierre de Paris (qui raille l’attitude de certains Africains méprisants avec leur propre culture). 

A l’écoute de ces mini scénaris, le public se délecte et s’interroge. Zao incarne une génération de chanteurs africains qui conçoit l’humour comme un antidote à un environnement anxiogène: chômage, violence, pandémies...

Même si, parfois, le rire s'avère impuissant. Ainsi, alors qu’il ne cesse de dénoncer la course aux armements, dix ans plus tard, il sera victime avec sa famille de la guerre civile atroce qui ravagera son pays, sur fond de prébende pétrolière. 

ALBUMS: 
Zao (Mélodie), 
Corbillard (Mélodie)
Moustique (Mélodie), 
Patron (Mélodie),
Zao (Barclay), 
Renaissance (Mélodie).
Frank Tenaille © Le Hall de la Chanson

Hommage aux Anciens -ZAO- Ancien combattant


  
Après le Déserteur de Boris Vian:Ancien combattant-Zao


Moi engagé militaire, moi engagé militaire
Moi pas besoin galons, joutez-moi du riz
Sergent masamba, tirailleur mongasa, caporal mitsutsu (...)

Marquer le pas, et 1, 2
Ancien combattant
Mundasukiri
Marquer le pas, et 1, 2
Ancien combattant
Mundasukiri

Tu ne sais pas que moi je suis ancien combattant
Moi je suis ancien combattant,
J'ai fait la guerre mondiaux
Dans la guerre mondiaux,
Il n'y a pas de camarade w’lai
Dans la guerre mondiaux,
Il n'y a pas de pitié mon ami
J'ai tué Français,
J'ai tué Allemand,
J'ai tué Anglais,
Moi j'ai tué Tchécoslovaque

Marquer le pas, 1, 2
Ancien combattant
Mundasukiri
Marquer le pas, 1, 2
Ancien combattant

Mundasukiri
La guerre mondiaux
Ce n'est pas beau, ce n'est pas bon
La guerre mondiaux
Ce n'est pas beau, ce n'est pas bon
Quand viendra la guerre mondiaux
Tout le monde cadavéré
Quand viendra la guerre mondiaux
Tout le monde cadavéré
Quand la balle siffle, il n'y a pas de choisir
Si tu ne fais pas vite changui, mon cher, ho!
Cadavéré
Avec le coup de matraque
Tout à coup, patatras, cadavéré

Ta femme cadavéré
Ta mère cadavéré
Ton grand-père cadavéré
Ton père est cadavéré
Tes enfants cadavéré
Les rois cadavéré
Les reines cadavéré
Les empereurs cadavéré
Tous les présidents cadavéré
Les ministres cadavéré
Les gardes de corps cadavéré
Les motards cadavéré
Les militaires cadavéré
Les civils cadavéré
Les policiers cadavéré
Les gendarmes cadavéré
Les travailleurs cadavéré
Les chomeurs cadavéré
Ta chérie cadavéré
Ton premier bureau cadavéré
Ton deuxième bureau cadavéré
La bière cadavéré
Le champagne cadavéré
Le whisky cadavéré
Le vin rouge cadavéré
Le vin de palme cadavéré
Les soûlards cadavéré
Music lovers cadavéré
Tout le monde cadavéré
Moi-même cadavéré

Marquer le pas, et 1, 2
Ancien combattant
Mundasukiri
Marquer le pas, et 1, 2
Ancien combattant
Mundasukiri

Pourquoi la guerre
Pourquoi la guerre
Pourquoi la guerre
La guerre ce n'est pas bon, ce n'est pas bon
Quand viendra la guerre tout le monde affamé, oh!
Le coq ne va plus coquer, cocorico oh!
La poule ne va plus pouler, pouler les oeufs
Le footballeur ne va plus footer, pousser le ballon
Les joueurs cadavéré
Les arbitres cadavéré
Le sifflet cadavéré
Même le ballon est cadavéré
Les équipes cadavéré
Diables Noirs cadavéré
Etoile du Congo cadavéré
Les Lions Indomptables cadavéré
Les Léopards cadavéré
Les Diables Rouges cadavéré
Les journalistes cadavéré
La radio cadavéré
La télévision cadavéré
Le stade cadavéré
Les supporters cadavéré

La bombe ce n'est pas bon, ce n'est pas bon
La bombe à neutrons ce n'est pas bon, ce n'est pas bon
La bombe atomique ce n'est pas bon, ce n'est pas bon
Les Pershing ce n'est pas bon, ce n'est pas bon
S.S. 20, ce n'est pas bon, ce n'est pas bon
Quand viendra la bombe
Tout le monde est bombé oh!

Ton pays bombé
L'URSS bombé
Les États-Unis bombé
La France bombé
L'Italie bombé
L'Allemagne bombé
Le Congo bombé
Le Zaïre bombé
L'ONU bombé
L'UNESCO bombé
L'OUA bombé
Mes boeufs bombé
Mes moutons bombé
Mon cuisinier bombé
Tous les cuisiniers bombé
Ma femme bombé
Les taximan bombé
Les hôpitaux bombé
Les malades bombé
Les bébés bombé
Le poulailler bombé
Mes coqs bombé
Mon chien bombé
Les écoles bombé
Ma poitrine bombé
Tout le monde bombardé

Semez l'amour et non la guerre mes amis
Tenons nous la main dans la main
Jetez vos armes Jetez vos armes Jetez vos armes
Tenons nous la main dans la main

Ah! si tu voyais Français : Bonjour
Ah! si tu voyais Anglais : Good Morning
Ah! Si tu voyais Russe :zdravstvuche
Ah! si tu voyais Allemand : guten tag
Ah! si tu voyais Espagnol: Buenos Dias
Ah! si tu voyais Italien: Buongiorno
Ah! si tu voyais Chinois : Hiho
Ah! Si tu voyais Bulgare :Dóbar den
Ah! Si tu voyais Israélien: Shalom
Ah! Si tu voyais Egyptien :Sabahkarlarer
Ah! Si tu voyais Sénégalais :Nagadef
Ah! Si tu voyais Malien :Anissoucouma
Ah! Si tu voyais Nigérien :Carouf
Ah! Si tu voyais Mauritanien :Alagouna
Ah! Si tu voyais Togolais :Afoi
Ah! Si tu voyais Souaéli :D'jambo
Ah! Si tu voyais Tchadien :Lali
Ah! Si tu voyais Malgache :Malaouna
Ah! Si tu voyais Centre Africain :Mibaramo
Ah! Si tu voyais Camérounais :Anenvoyé
Ah! Si tu voyais Gabonais :M'bolo
Ah! Si tu voyais Congolais :Bonté
Ah! Si tu voyais Zaïrois :Bonté Na Yo

Marquer le pas, et 1, 2
Ancien combattant
Mundasukiri
Marquer le pas, et 1, 2
Ancien combattant
Mundasukiri

mercredi 14 octobre 2009

Retour au village - Jean Miche Kankan - Trop bon - Lui la, il est trop fort



Walaï, ou l’actualité tel que ramassée sur radio-trottoir

"De Dakar à Kinshasa, de Djibouti à Casablanca, nulle part la langue de Molière ne passe sans se laisser peindre aux couleurs nationales. L’œuvre, ainsi obtenue, semble, parfois même inaudible, aux oreilles de la France, mère incontestée de la sainte langue. Aujourd’hui, le français est plus que divers. Il s’enrichit du « joal » québécois, que le reste de la francophonie a du mal à comprendre. Paris, le protecteur de la langue s’éclate de joie à écouter l’accent marseillais, belge, suisse romande, algérien, …Mais à peine si l’on connaît le plus comique des français, celui parlé, dans les rues, partout en Afrique de l’Ouest et en partie en Afrique Centrale, dans des pays comme le Cameroun, le Gabon et le Tchad.
Cette langue, que les Congolais, de deux rives, appellent « le français d’Afrique de l’Ouest », qui ne l’a pas entendu, n’a qu’à voir le film « demi-dieu », ou encore écouter les très célèbres sketchs du super star des comédiens d’Afrique noire, le regretté Jean Michel Kankan, ou enfin, pourquoi ne pas lire « Woldé », le seul article si originale à vous pousser à lire les vieux numéros du défunt « L’Autre Afrique. Celui-ci décédé, paix à son âme, nous avons pensé poursuivre l’œuvre de valorisation de cette langue, qui est, en réalité, le véritable français parlé en Afrique noire.